SupInfo: Il ne passera pas par moi…

SupInfo: Il ne passera pas par moi…

Par Emmanuel, 25 décembre 2009 17 h 29 min

Cet article a beaucoup fait parler de lui depuis sa première parution le 23 Juillet 2009. À l’heure actuelle les informations qu’il contient ne sont plus tout à fait à jour même si l’esprit est conservé. J’ai décidé de remettre ce billet sur mon blog dans son intégralité et sans le retoucher surtout par ce qu’il contient des informations importantes sur lesquelles je ne veux pas revenir et aussi pour permette de voir l’évolution de l’école SupInfo.

Je compte de toute façon réécrire un autre billet sur SupInfo d’ici peu car il y a eut quelques évolutions que j’aimerai rendre publique et aussi clarifier ma position qui a souvent été mal comprise.


Depuis environs deux ou trois ans, SupInfo, école privée d’informatique, commence à prendre de l’importance dans le paysage de l’enseignement supérieur français. Le marketing a fait son œuvre, entre les spots à la télévision, le sponsoring de la série les Experts sur TF1, des campagnes d’affichage agressives et une occupation quasi systématique de tous les salons de l’étudiant possibles, tout le monde a entendu parler de cette école. D’après ce que j’ai vu, elle est en charge à présent d’environs 6.000 étudiants sur l’ensemble de la France et à l’étranger. Cette année nous avons reçu des dossiers d’étudiants voulant réintégrer le cursus universitaire (en Master) après leur diplôme SupInfo. Il va sans dire qu’après ce que j’ai trouvé dans la petite enquête qui suit nous avons systématiquement refusé tous les candidats en provenance de cette école.

Ce que j’aimerai faire ici c’est donner un petit mot d’avertissement aux jeunes (ou à leurs parents) qui hésitent encore à choisir SupInfo par rapport à des écoles plus classiques.

Le système SupInfo peut se résumer par les points suivants:

  • L’année coûte environs 6.000€ par an (donc 30.000€ pour une formation complète);
  • La formation est en 5 ans (3 ans de Licence puis 2 ans de ‘Master’) (et non d’un titre d’ingénieur comme il est souvent débattu sur le Web);
  • Certains étudiants peuvent enseigner pour être exonérés d’une partie des frais d’inscription;
  • Des centres ouvrent en France (22) et à l’international (12) et les étudiants peuvent circuler entre les centres (le marketing insiste d’ailleurs beaucoup sur la mobilité internationale des étudiants et mettant en avant quelques destinations de rêve comme San Francisco et autres);
  • SupInfo passe des partenariats forts avec des acteurs majeurs de l’industrie (Cisco, Microsoft, Mandriva, …) et encourage ses étudiants à passer les certifications de ses partenaires. En contre partie, beaucoup de cours se font sur des logiciels ou des technologies captives;
  • Un effort très particulier est mis pour occuper l’espace médiatique (et pas toujours de façon honnête car on sous-entend souvent qu’il s’agit d’une école d’ingénieur or ce n’est pas le cas).
  • SupInfo accepte quasiment tout le monde, même si le niveau de l’étudiant est trop faible (tant qu’il a les moyens de payer) et distribue du rêve (vous aller devenir ingénieur!) sans pour autant le concrétiser à coup sûr (car les taux d’échec peuvent être importants).

Pour résumer un peu l’impression que m’a donné SupInfo, le meilleur parallèle qui me vient à l’esprit sont les compagnies aériennes low-cost. Elles misent un maximum sur le marketing et dégradent jusqu’à la limite du raisonnable la qualité des services, ceci pour gagner un maximum d’argent. En fait, faire ses études à SupInfo c’est comme si vous acceptiez de faire un Velizy-Kobé debout, sans toilettes dans l’appareil, avec l’obligation d’avoir emporté votre panier repas, de prêter main forte à l’équipage pour distribuer les boissons aux autres passagers et avec un personnel de bord sous-qualifié et surchargé sur un avion en mauvais état. En contre partie, on vous appelle ‘Capitaine’, on vous dit que vous êtes en classe affaire et que vous êtes le meilleur et les (rares) hotesses vous font de l’œil (mais rien de plus). Alors qu’en prenant une autre compagnie vous auriez pu faire un Paris-Tokyo pour moins cher mais avec moins de marketing et de paillettes autour.

Pour en revenir au cœur du sujet, une formation, et je parle d’expérience, c’est essentiellement: un programme, des enseignants, des évaluations, l’organisation globale (administratifs, …) et enfin la valeur du diplôme qui est décerné. Nous allons reprendre tout ces points les uns après les autres.

Le programme

Le programme tel qu’il est décrit dans les plaquettes semble raisonnable à première vue. Mais quelques coquilles perturbantes m’ont fait me demander si les programmes ont été effectivement relus par des professionnels ! Je n’ai pu m’empêcher de noter sur la description du premier cours d’Algorithmique (plaquette 2008-2009) un item qui précise: « Advanced Data-structure: non-linear structure and files » (comme si les fichiers étaient des structures de données !!!). Cela dit, il ne doit s’agir que de quelques typos sur un programme (qui n’en a jamais faites ?). Mais le pire est à venir.

Par exemple, la façon dont les cours sont dispensés pêche à plusieurs endroits. D’après plusieurs témoignages d’étudiants, toutes les heures de cours de certaines matières sont souvent rassemblées sur une ou deux semaines et données en un seul coup pour toute l’année. L’assimilation d’un tel cours par les étudiants n’est tout simplement pas envisageable… surtout si l’examen qui correspond au cours est donné plusieurs mois après.

De plus, le contenu des cours est extrêmement léger. Pour avoir pu mettre la main sur un cours d’algorithmique et un autre de réseau, j’ai été impressionné par le manque de fond, de recul et de pédagogie d’un tel cours. Même le plus mauvais de mes étudiants de Master pourrait largement faire mieux.

Qui plus est, toujours selon mes différentes sources, souvent le volume horaire affiché sur le programme est largement surévalué par rapport au contenu réel de ce qui y est réellement enseigné. Souvent, d’après des témoignages directs que j’ai pu recueillir, la personne en charge de l’enseignement se retrouve à cours d’idée pour remplir les heures et opte soit pour des exercices stupides, soit laisse les étudiants jouer ou errer sur le Web en totale liberté.

À cela s’ajoute le fait que la présence aux cours n’est pas obligatoire. Si je me met cinq minutes à la place d’un étudiant, les cours étant inintéressants car vide ou trop facile, cela n’incite pas à venir. Et de fait, il semble que l’absentéisme, ou du moins la distraction soit maximum pendant les cours. En plus de cela, il semble que même les étudiants qui auraient besoin du cours n’y apprennent pas grand chose car ils se laissent embarquer par la majorité.

Pendant les cours il y a souvent quelques distractions comme du CS, MSN, TD, des portails, etc.. mais avec l’habitude on arrive à concilier les deux et d’être performant pendant le cours (pas toujours :p).

Il reste toutefois les TP auxquels la présence est obligatoire mais là encore, le fond manque dans les cours et les remplir semble ne pas être si aisé que cela pour ceux qui jouent le rôle d’enseignants.

Un autre problème vient des cours  »’sponsorisés »’ qui traitent d’un logiciel ou d’une technologie captive d’un des partenaires de SupInfo. Du coup, ils remplissent une bonne partie du programme au détriment des matières plus fondamentales.

La quasi majorité des cours sont sponsorisés, et traitent du coup d’une technologie en particulier. Les cours « généraux » (maths,algorithmique, conception …) sont très peu présent voir inexistant après la premiere année.

Témoignage d’un étudiant de SupInfo.

Bref, si l’étudiant ne se fait pas lui même un programme d’étude (ce qui tiendrait du miracle car dans toutes les autres écoles/universités c’est aux enseignants expérimentés de faire ce genre de chose), il se trouvera bien dépourvu lorsque, son diplôme obtenu. Il devra, par exemple, passer des entretiens d’embauche et qu’on lui posera des questions précises. Mais alors, à quoi bon payer 6.000€ pour finir par faire le travail des enseignants ?

Les enseignants

Un autre point problématique de SupInfo est que l’école s’appuie trop fortement sur ses étudiants pour former les autres. L’école offre, en effet, à ses étudiants des exonérations d’une partie des frais d’inscriptions s’ils acceptent de passer un stage de 3 mois pendant l’été, lequel leur permet d’obtenir le grade de SCT (SupInfo Certified Trainer). Une fois cette  »’certification »’ en poche, ils pourront enseigner à leurs collègues certaines matières. SupInfo se faisant fort de leur offrir le voyage pour leur faire dispenser leur enseignement à travers les divers centres.

L’idée n’est pas mauvaise, les universités ont d’ailleurs mis au point un système de tutorat où des étudiants des cycles supérieurs aident des étudiants plus jeunes.

Le problème vient du fait que, d’après certains étudiants de SupInfo, c’est environs 80% des cours qui sont donnés par des gamins inexpérimentés qui se contentent de lire le polycopié qu’on leur a fourni et qui cherchent sur le web les réponses aux questions qu’on leur pose.

Les profs sont sympas, mais il faut savoir que pour les 80% des matières, vous n’avez pas de vrais profs. Il s’agit en fait d’élèves de SUPINFO qui sont en années supérieures (PS2, IS1, IS2 ou IS3). Au prix de l’année, je trouve qu’ils pourraient embaucher des personnes externes… car ces profs/élèves n’ont pas toujours l’expérience ou la capacité à faire apprendre des choses. Au final, tout le monde était sur MSN ou Internet et personne n’écoutait les cours.

Extrait de «SupInfo, c’est fini…».

Tout d’abord, je tiens à signaler un point ô combien important qui n’est bizarrement pas signalé lors des fameuses « JPO » (Journées Portes Ouvertes) : la plupart des cours sont dispensés par des SCT, c’est-à-dire des élèves de SUPINFO (ayant entre 20 et 25 ans en général) !. J’ai halluciné en voyant ça le premier jour, les profs sont des élèves, et pas forcément des élèves de dernière année, ils ont donc des connaissances très limitées, il ne vaut mieux pas poser de question trop complexe au risque de se voir répondre « euh attends je regarde sur internet » ou tout simplement « je sais pas ». En plus, comme on peut s’en doûter, ils n’ont aucun sens de la pédagogie, ils se contentent de réciter leur cours, les exercices à faire sont déjà corrigés sur internet (sur le site campus booster), […]

Les cours sont très mal faits : le « prof-élève » arrive, récite son cours, puis vient l’heure du « TP » (comme décrit plus haut), le problème c’est qu’ils sont vite terminés, et comme le programme est tellement léger, pour ne pas aller trop vite, il faut tout de même attendre que les heures passent pour ne pas avoir fini le cours un ou deux jours avant (oui oui il y a certains cours qui ne devraient durer que 20h mais qui nécessitent 40h de présence, et là je cite les paroles d’un de ces élèves-profs). Alors évidemment c’est la folie dans la classe, tout le monde joue, écoute de la musique, regarde des vidéos, s’insulte, bref on travaille vraiment dur (!), surtout que la présence en cours n’est même pas obligatoire, alors ça va ça vient, il faut seulement être là les jours de TP noté, où officiellement les contacts entre élèves sont interdits pendant ces exames, sauf qu’en réalité ça dépend de l’élève-prof (ce mot devrait remplacer le terme SCT), si le type s’en fout, qu’il est ami avec toute la classe, il fera le zouave avec eux, fin de l’histoire.

Et aussi:

Le niveau technique, on ne l’apprend pas à l’école [SupInfo], c’est des cours trop théoriques données les 90% du temps par des geeks qui ne connaissent pas le monde de la prod ou qui ont très peu d’expériences.

Ou encore:

Un élève de SUPINFO peut devenir formateur à partir de la première année d’ingé. En gros, on a que des élèves-formateurs pour nous donner des cours. Pour l’instant, nous n’avons eu que de l’anglais, du linux, de l’oracle, de l’architecture et de l’algorithmique. Je vais commencer à parler des formateurs que j’aime bien ^^. Les formateurs Oracle, c’est des bombes ! Ils sont vraiment sympa, préoccupés de notre formation et on peut parler d’autres choses qu’Oracle comme « Alex » qui peut nous raconter son expérience de Chine. Notre prof d’algorithmique est plutôt « agréable » à regarder, si j’avais eu une prof de maths comme ça avant, alala ! Elle est plutôt sympa, son cours aussi malgré qu’elle emploie souvent pleins de mots savants alors que c’est super simple ses trucs, ça embrouille ! Sinon le prof d’archi, ce n’est pas un élève mais plutôt un ancien de 80 ans. Il connait son cours et j’aime bien. Il endort les élèves mais faut pas lui en vouloir lol. Finissons par ces chers formateurs Linux .. Oups, vulgarisation de langage, formateur « Mandriva » et non Linux. Oui car il n’y a que Mandriva qui existe, véridique. Pour les « vrais » linuxiens qui me liront, Mandriva c’est pas un vrai OS de linuxien.

Évidemment, certains des étudiants qui enseignent peuvent avoir la fibre pédagogique et parfaitement remplir leur rôle. Mais, ils restent peu nombreux, d’autant que la plupart des SCT sont majoritairement soucieux de décharger un peu leur famille de l’investissement relativement important que représente les études à SupInfo (environs 30.000€ pour un cursus complet) puisqu’ils sont majoritairement issus de la classe moyenne.

Parmi tout ces SCT, il reste néanmoins quelques enseignants à temps plein… mais je possède trop peu d’informations sur eux et leur profil pour me faire une opinion. Grossièrement, et si je recoupe plusieurs témoignages, ils semblent majoritairement venir directement d’entreprises ou bien de petites écoles d’ingénieurs.

Et pour ce qui est des cours de langues, ne rêvez pas, il s’appui essentiellement sur un logiciel et il n’y a pas d’enseignant du tout.

Un cours d’anglais à SUPINFO, qu’est ce dont ? Un logiciel ! Personnellement je préfère le logiciel qu’un prof et il est plutôt performant (sans déconner). On a donc un nombre d’heures à respecter, faut être motivé, je vous le dit ! Quand les serveurs fonctionnent, c’est bien. Des fois, on s’est demandé pourquoi on avait autant anglais à la suite ? L’histoire de boucher les trous ? Peut être …

Bref, le manque d’encadrement et de compétences est flagrant. D’autant que si l’on essaye d’imaginer ce que cela va donner d’ici quelques années, on se prend à rêver… Et oui, les nouvelles recrues formées par des élèves qui n’ont jamais connu le monde extérieur vont développer une culture de l’informatique totalement déconnectée de la réalité… Je ne sais pas si les entreprises apprécieront encore longtemps de voir débarquer chez elles des énergumènes qu’il faudra reformer depuis le début…

Les évaluations

Les évaluations sont aussi assez extraordinaires, tout d’abord je n’y ai pas cru mais si, toutes les évaluations sont basées sur des QCM qui sont passées à travers un logiciel nommé SGES qui « valide » les acquis des étudiants.

Alors les évaluations avec le SGES et le système ECTS. Pour vous éviter de faire des recherches sur ce qu’est le SGES, c’est un soft qui permet de passer les évaluations over the world :) Donc dès le début de l’année, on nous a dit qu’il fallait avoir 12/20 pour valider une matière. […]

Pour revenir à l’histoire des 12/20, à la fin de l’année pendant ce fléo d’évaluations, on nous informe que ce n’est plus 12/20 mais 10/20. Je saute de joie bien évidement malgré que ça été très bien organisé … (tousssss). Ca m’a permis de souffler, ça devient presque easy d’avoir 10. […]

Le système de QCM est bien mais peut être pas adapté (je regrette déjà d’écrire ça sachant que j’adore les QCM pour une question de déduction/chance voir facilité à deviner la réponse en fonction de comment le prof a fait sa question & réponses) car pour notre formation malgré que je déteste la finance/maths/et les trucs comme ça, ça pourrait peut être, être plus bénéfique.

Il peut exister des systèmes de QCM bien faits mais, en l’occurrence ce n’est pas le cas ici car ces QCM testent souvent des détails (à la « Trivial Pursuit ») plutôt que la compréhension des concepts et il semble relativement aisé de s’en sortir d’autant que les étudiants répondent au questionnaire depuis leur propre portable et peuvent facilement avoir accès à Internet pendant l’épreuve (malgré le mode ‘plein-écran’ de la machine virtuelle). Cependant, comme les performances des étudiants à ces tests étaient encore trop faibles, les gérants de SupInfo ont mis en place une plate-forme de révision qui utilise la même base de question que les examens… (cherchez l’erreur).

Mais SUPINFO a inventé un truc hyper cool, ça s’appelle iCoach (https://icoach.supinfo.com) ! C’est une plateforme d’entrainement aux évaluations. Il y a des questions, sous forme de QCM comme pour nos SGES, mais la différence entre les SGES et iCoach, et ben .. c’est ce qu’il y en a pas :-) Donc toute l’école s’est mis en mode ‘Dumping SGES’ à travers iCoach, une technique légalisée à SUPINFO. Sans blaguer .. je trouve l’idée très bonne si on n’avait pas les mêmes questions qu’aux SGES. Il faudrait des pools d’au moins 150 questions par matière déjà, au lieu de 40 questions actuellement. C’est ce qui est prévu pour les partiels de juin mais bon … moi y compris, tout le monde va véritablement dumper le SGES, connaître la réponse sans même avoir lu la question… Si ce n’était pas les mêmes questions, cela forcerait l’étudiant à comprendre véritablement le fonctionnement de la matière. Mais ce n’est pas le cas. Donc bon, ça arrange un peu tout le monde, moi y compris mais où est notre véritable connaissance maintenant ?

Extrait de «Mon année scolaire 2009».

Un autre témoignage:

Les « partiels » étant des QCM, les questions en sont choisies au hasard dans les différents supports de cours. L’immense majorité des questions posés ne concernent donc pas du tout le fond mais la forme. On retrouve par exemple très souvent des questions sur les acronymes par exemple, dont on se contrefout dans 99.99% des cas (et on a internet pour les 0.01% restant)

Il faut donc pour les étudiants, apprendre une bonne dizaine de powerpoint de 70 pages par matière, ce qui est d’une part impossible, et d’autre part totalement inutile. C’est comme ça que l’année de la mise en place de leur plateforme SGES (plateforme d’évaluation des QCM), la moyenne nationale des étudiants à supinfo était de… 6.

Pour remédier à ce problème, supinfo a mis en place ICoach, une plateforme d’entrainement aux évaluations. Une fois sur deux ICoach donne les réponses à l’évaluation, l’autre fois pas. Une fois sur deux l’étudiant à 20 au QCM, l’autre 2.

Témoignage d’un étudiant de SupInfo.

Concernant les projets, il en existe deux types, les « internes » et ceux proposés par les entreprises. Pour ce qui est de la notation des projets, là aussi l’absence d’encadrement et d’enseignants compétents fait cruellement défaut et bien souvent la notation est totalement laissée à la discrétion de l’entreprise qui a proposé le projet.

Donc à SUPINFO, un projet individuelle (un client mail en C pour les p1) et un projet de groupe maximum 4 personnes (Soft en C, projet carbon + interface builder sous MAC pour configurer un routeur CISCO pour les p1) à faire chaque année. […]

Par contre pour les autres, comment ils font ? Ba ils font tout simplement rien pour le projet solo. Anne Sophie, notre directrice régionale a fait un levé de main pour savoir qui avait fait le projet ou non… à peine 10 mains levés. C’est du beau ! […]

[note: la promo fait 117 étudiants]

J’ai essayé de tout de même contacter le bigboss des laboratoires pour savoir si il y avait moyen de quand même me noter mon projet en sachant que c’est inadmissible l’organisation et il m’a juste dit « oui bien sûr, tu peux demander à un SCT de te le noter

Voici un témoignage qui détaille un peu mieux le mode de fonctionnement des projets d’entreprises.

Concernant les projets de groupes, Supinfo a aussi mis en place une plateforme qui permet a n’importe quelle entreprise de proposer un projet.

La difficulté et le temps de réalisation nécessaire varie donc d’un projet sur l’autre de manière énorme. Et, encore mieux, c’est l’entreprise et l’entreprise uniquement qui note le projet. Il suffit de tomber sur un projet trop long pour etre réalisé, et un évaluateur frustré pour avoir perdre les crédits associés à une des matieres les plus importantes.

Témoignage d’un étudiant de SupInfo.

Enfin, concernant les stages de fin d’année le suivi manque lui aussi d’encadrement et les étudiants sont bien souvent laissés à eux-mêmes:

Les stages de fin d’années ne sont absolument pas controlés par supinfo non plus. Une convention, une signature, et c’est fini. Aucun professeur n’est designé pour visiter l’entreprise des étudiants, aucun rapport de stage à rendre, et encore une fois une note donnée par l’entreprise sans aucun controle de supinfo dessus. Il suffit pour un étudiant de faire signer sa convention par une entreprise de location de chèvres et d’aller en vacances pendant ce temps.

Témoignage d’un étudiant de SupInfo.

La conclusion à tirer ici est que l’évaluation est totalement aléatoire et non-pertinente… Lorsque j’embauche quelqu’un ou que je l’accepte en Master, je me fiche de savoir s’il a suffisamment de mémoire pour apprendre les acronymes du cours, ou bien s’il a réussi à trouver la faille dans la machine virtuelle qui sert à faire les examens. Ce que je voudrais c’est que l’on m’assure qu’il a bien compris les concepts de base et qu’il va arriver à construire par dessus. Ici, les évaluations ne permettent même pas de savoir ça, on ne peut donc pas s’y fier. C’est en grande partie pour cela que nous avons décidé de ne pas accepter des gens qui viennent de SupInfo. Il ne s’agit pas de dire que tous les étudiants qui suivent cette formation sont idiots, mais plutôt que leurs évaluations sont tellement brouillées et non-pertinentes qu’on ne peut pas savoir ce qu’il donnera.

L’organisation

C’est sans doute là où l’école pêche le plus. Il y a tant à dire que cela devient absurde de vouloir tout dire, j’irais donc à l’essentiel en parlant de ce qui me semble être le plus important.

Les centres à l’étranger sont souvent gérés de manière spéciale, pour preuve le témoignage d’un étudiant de Montréal:

Il y a eu beaucoup de buz sur la planète SUPINFO concernant le site de Montréal. En effet, c’était l’anarchie. On a connu un certain Gilles TREMPE, notre directeur régional qui était Québécoise. Il s’est occupé de l’école depuis l’ouverture du site jusqu’à une certaine période, janvier ou quelque chose comme ça. Il était génial. Ensuite on ne l’a plus vu pendant un bon mois jusqu’au jour où on a apprit qu’il démissionnait. Puis une des deux assistantes de direction a été promu Directrice, mouaarf. Elle était complètement folle. […]

« Tu sais, je m’occupe de ces conventions uniquement quand l’étudiant vient directement me voir car sinon, Jai pas le temps tu comprends », « Je te fais confiance, je vérifie pas » (ma convention). Du joli, non :p ? … Et là pouf, elle m’imprime ma convention, yataaaa. […]

Le Turn Over est passé de 3-4 mois à 1 semaine :-o En résumé, on ne connaissait plus personne, il n’y avait plus aucune gestion dans l’école. D’ailleurs, je ne sais pas comment se déroulait la gestion des appartements SUPINFO mais certains étudiants étaient à quelques jours de se faire expulser de leur appartement.

Enfin, le dernier centre ouvert, San Francisco, semble souffrir de très gros défauts d’organisation. Manque de locaux, de matériels, d’enseignants, désorganisation des emplois du temps des cours, etc…

Valeur du diplôme

Tout d’abord mettons tout de suite les choses au clair, SupInfo n’est PAS un diplôme d’ingénieur (contrairement au doute que semble entretenir à dessein les dirigeants de SupInfo en appelant ses étudiants des « élèves ingénieur »), c’est un diplôme de type Master universitaire (ce qui est déjà pas mal). Mais la réputation qu’il a auprès des universités est mauvaise, extrêmement mauvaise. À titre d’exemple, je ne vous parlerai que de mon cas, si vous venez de SupInfo n’espérez pas avoir un avis favorable de ma part pour réintégrer le cursus universitaire autre qu’en recommençant en Licence 2 (même si vous avez été diplômé bac+5).

Ce n’est pas que je nie totalement le fait que certains étudiants de SupInfo aient les capacités d’intégrer le cursus universitaires mais, comme nous l’avons vu plus haut, les évaluations sont aléatoires et ne peuvent permettre de savoir ce que vaut le candidat. Il est donc logique de refuser systématiquement les candidats puisqu’on ne peut avoir confiance dans cette évaluation.

SupInfo = Arnaque ?

Le tableau n’est déjà pas très reluisant, mais je parlais au début de l’article de mes doutes quant à l’honnêteté du (des?) dirigeant(s) de SupInfo. Pour l’instant, une mauvaise gestion, une naïveté trop grande, et un peu de bêtise pourraient à elles seules expliquer ce qu’est devenue cette école… mais certains signes me mettent la puce à l’oreille, des signes tous indirects et qui ne prouvent aucunement la culpabilité de ces personnes mais qui restent tout de même assez troublants.

Tout d’abord, il faut bien comprendre que SupInfo n’est pas une société mais une association loi 1901 (à but non lucratif). Le président de cette association est Alick Mouriesse qui a le contrôle du nom  »’SupInfo »’. Il se trouve qu’il a déjà profité de cet avantage pour créer quelques sociétés qui gravitent autour de l’école. Ces sociétés ne sont pas l’école et servent essentiellement à facturer certains services à des entreprises (essentiellement de la formation continue). Le problème c’est que l’état financier des sociétés qui
entourent le président de SupInfo semble assez alarmant puisqu’une bonne partie d’entre elles sont en redressement judiciaire, bien qu’il continue à en créer de nouvelles.

De plus, en recoupant plusieurs témoignages, il semblent qu’ils payent leurs salariés au lance-pierre (avec des retards énormes), qu’ils retardent au maximum le payement des locaux (des menaces d’expulsion semblent planer sur certains de leurs centres) et que le matériel nécessaire aux étudiants pour faire leurs TP manque cruellement.

Mais que devient alors l’argent des inscriptions ?

Certains prétendent qu’elle sert essentiellement à l’expansion (trop rapide?) de l’école et à ouvrir de nouveaux centres. Mais, le plus inquiétant est que le président de SupInfo semble subitement richissime alors que les problèmes de payement s’accumulent autour de l’école. Un ami m’a, par exemple, pointé cet article. Dont un paragraphe particulier est assez croustillant:

En septembre, Alick Mouriesse, 36 ans, président de Supinfo, une école d’informatique, était venu au Mondial de l’automobile, à Paris, pour s’acheter une Lamborghini Gallardo (150000 euros). Finalement, il a succombé à la série spéciale Murcielago Versace à 450000 euros. Mais il s’est quand même offert une Gallardo.

Challenge Magazine

Alors, si vous voulez voir votre diplôme se transformer en un enjoliveur de Lamborghini (à défaut de citrouille), n’hésitez pas, SupInfo est faites pour vous!

Conclusion

Mais alors, pourquoi les étudiants courent-ils vers SupInfo ? Qu’y trouvent-ils si intéressant qui les aveugle à ce point sur d’autres aspects si peu ragoûtant de la formation ?

J’ai eu une petite discussion avec un étudiant qui fini actuellement notre Master d’informatique. Issu d’un IUT d’informatique, il m’a fait la remarque que pas mal de ses condisciples ont été à SupInfo une fois leur IUT en poche. Afin de creuser un peu la question, je lui ai demandé des détails.

En fait, nous acceptons les étudiants d’IUT en Licence 3 seulement s’ils ont une moyenne supérieure ou égale à 12. Ceux qui n’ont pas réussi à décrocher 12 se voient proposé de débarquer en Licence 2… « perdant » ainsi un an (moi je dirais qu’on leur offre plutôt la chance de consolider leurs connaissances). Il se trouve que toute la population des IUT qui se sont vu refusé l’accès à la licence 3, a été accepté à SupInfo en troisième année. Comme SupInfo fait miroiter un (faux) aura d’ingénieurs et que les étudiants pensaient que toutes les formations se valent, ils ont pris SupInfo (en plus, ils ne « perdaient » pas un an). Beaucoup regrettent aujourd’hui car ils ont connus de « vraies » formation avec des enseignants compétents avant cela… d’autant que le retour en arrière n’est plus possible une fois enterré à SupInfo.

Pour résumer, je pense que SupInfo est un miroir aux alouettes. L’école promet monts-et-merveilles, utilise la méthode Couet jusqu’à l’abus pour flatter de jeunes étudiants qui n’ont pas encore été confrontés au monde réel et les mène en bateau…

Donc, si vous êtes en train d’hésiter entre SupInfo et une formation classique, posez-vous simplement la question suivante: Tout ceci n’est-il pas trop beau pour être vrai ? N’y-a-t-il vraiment aucune contre-partie à une formation de qualité ? Quelque chose que l’on appellerai travail ?

  • TP SupInfo (on peut y trouver du code qui vaut 18/20 à SupInfo…)
  • SmartCooking (projet présenté par SupInfo à l’ImagineCup: innovation zéro…)
  • L’expérience SupInfo (blog d’un étudiant de SupInfo)
  • fix-netze (blog d’un étudiant recalé de SupInfo)
  • Dachblog (blog d’un étudiant sur le site de San-Francisco)
  • ESI SupInfo (Des avis tranchés sur SupInfo)
  • SandRockmp4 (blog d’un étudiant de SupInfo)
  • SupIntox (Vidéo d’étudiants de SupInfo)
  • SupInfo/SupIntox (blog d’étudiants déçus de SupInfo)
  • Discussion SupInfo (discussion autour de l’article SupInfo dans Wikipedia(fr))
  • SupInfo Paris (discussion sur SupInfo Paris)
  • Les pérégrinations d’un SCT (instructif si vous voulez savoir comment se déroulent les cours du côté des SCT, envoyé aux quatre coins de la France et faisant la fête tous les soirs pendant les formations)

Source : http://web.archive.org/web/20100128235807/http://emfleury.free.fr/index.php/2009/12/supinfo-il-ne-passera-pas-par-moi