Bordeaux : l’école Supinfo peine à payer ses profs

Bordeaux : l’école Supinfo peine à payer ses profs

L’école qui forme des informaticiens accuse du retard pour payer ses enseignants intérimaires. Polémique

Florian et Abdelali, les deux profs de maths qui ont tenté et tentent de se faire payer leurs factures.|| Photo Philippe Taris
(Photo Philippe Taris)
Florian et Abdelali, les deux profs de maths qui ont tenté et tentent de se faire payer leurs factures.

Pour être enfin rémunéré, le prof de maths a convoqué la police devant l’école Supinfo cours Saint-Louis à Bordeaux. Chartrons. « Depuis des mois raconte Abdelali Sekka, malgré des mises en demeures, des coups de fils répétés, des mails, ma facture n’était toujours pas honorée. J’ai donné des cours de maths, physique et électronique à des classes d’étudiants de Supinfo, au mois de novembre 2012. Je n’ai jamais été payé. Il a fallu que j’intervienne physiquement, avec des pancartes “‘Payez-nous »’ ‘‘Un an de retard »’ et en convoquant trois policiers pour qu’enfin j’obtienne réparation. »

Et en effet, le lendemain de cette altercation ferme, quoique pacifique, Abdelali Sekka a reçu un versement sur son compte. Soit jeudi. Le prof de maths n’est pas un cas isolé. Ils sont une vingtaine dans la même situation, attendant depuis des mois que leur facture soit honorée. Supinfo a ouvert sur le campus des Chartrons en 2006 et héberge une centaine d’étudiants en informatique sur cinq années. A la clé, un Master of Sciences reconnu par l’État.

À ce jour, l’école fonctionne avec des enseignants intérimaires qui assurent des prestations par modules. Florian Longueteau, également prof de maths, a travaillé à Supinfo en avril et mai 2013. Sa facture est à ce jour impayée. « Nous sommes une vingtaine dans ce cas, remarque le jeune enseignant. Idem à Toulouse. Chacun de son côté a multiplié les mises en demeure. La direction nous envoie sur un secrétariat, qui nous renvoie sur le comptable, ce dernier ne répond pas. Personne n’a l’air responsable de rien… »

La directrice région Sud-Ouest de l’école Supinfo Kim Lascurettes travaille sur le campus de Toulouse et gère les deux établissements. Contactée par téléphone, elle tient un discours quelque peu étonnant : « Ah bon, vous m’apprenez qu’il y a des problèmes de facturation… » Lorsqu’on lui oppose détenir ses échanges de mails avec les enseignants éconduits, elle se ravise : « Oui en effet, mais voyez je ne m’occupe en rien de l’aspect financier de l’école. Mon rôle se borne à l’aspect pédagogique. La directrice adjointe de Bordeaux prend en charge l’organisation du campus bordelais. Pour la facturation, il faut voir Paris. »

Explication « pas glorieuse »

Supinfo gère 24 écoles du même type que Bordeaux dans toute la France. Et 36 dans le monde. Sébastien Dherines est responsable de la communication du groupe. Mais lui aussi, va escamoter le dossier finances : « Je sais qu’il existe des difficultés de règlements des factures sur Bordeaux, concède-t-il. Monsieur Sekka a été payé hier (sic). Pour toute information le seul habilité à parler est Alick Mouriesse, le président du groupe à Bruxelles. »

Justement, voilà Alick Mouriesse. D’emblée, le président fait amende honorable, mais avait-il une autre issue ? « L’explication n’est pas glorieuse, concède-t-il. Ces gros retards de paiement sont liées aux conditions de règlements qui sont particulièrement lentes chez nous, nous sommes en train d’y remédier, mais à ces lenteurs administratives s’ajoute un problème de structure juridique. Bordeaux et Toulouse sont gérés par Paris International Campus, une société située à Paris. Un montage juridique temporaire, décentralisé et donc générateur de retards à bordeaux et Toulouse. D’ici une dizaine de jours, les professeurs seront tous payés. Nous travaillons à remettre de l’ordre, mais avant il nous faut régler un conflit juridique… » (voir ci-dessous).

La prérentrée à Bordeaux a été légèrement perturbée à Supinfo, des enseignants échaudés ayant préféré s’abstenir de donner des cours.

Un conflit juridique compliqué

DÉCRYPTAGE. Supinfo a été créé à la fin des années 60. L’école a ouvert un cours à Bordeaux en 2006.

Supinfo International University, établissement d’enseignement supérieur privé, a été fondé en France en 1965. Aujourd’hui, l’école est leader avec ses 6 000 inscrits en 2008. 36 campus répartis dans le monde et 24 en France. Le campus de Bordeaux a ouvert en 2006. Il est associé à celui de Toulouse. Le président du groupe Alick Mouriesse reprend les rênes il y a une dizaine d’années et impulse un élan. Pour gérer le groupe, Alick Mouriesse créé une association, laquelle fut placée en redressement judiciaire en 2001.

Une fois les créanciers payés, trois ans plus tard, Supinfo sort du tunnel, mais se complexifie sur le plan juridique. La trésorerie semble alors chaotique, l’école de Londres est expulsée de ses locaux en 2011 et déjà sont dénoncés des gros retards de salaires chez les enseignants.

Concurrence déloyale

Au printemps 2009, Lionel Desage et David Inquel, deux anciens judokas reconvertis dans l’exploitation de maisons de retraite médicalisées, via le groupe Auvence, entrent en relation avec Alick Mouriesse. Les judokas avaient montée Sud-Ouest Campus qui devait gérer SupInfo. L’attelage ne verra pas le jour, puisque le groupe Auvence créé une école informatique quai des Chartrons : Ingésup. Carrément concurrente donc. Auvence et Supinfo sont en conflit juridique depuis plus de trois ans. Les procédures, devant le tribunal de commerce, de grande instance se succèdent, autour notamment de la question de la concurrence déloyale.

À Bordeaux, Supinfo a résisté malgré tout. A près avoir été provisoirement abritée dans une résidence hôtelière du côté du Lac, l’école a trouvé son site pas très loin d’Ingésup, sur le Campus des Chartrons, cours Saint-Louis. « Le conflit avec Auvence est à son paroxysme, déclare Alick Mouriesse. Et ce conflit n’est pas étranger aux problèmes de retards de paiement des profs. »

I. C.

 

Source : https://www.sudouest.fr/2013/10/05/supinfo-dans-une-nebuleuse-1190138-2780.php

Scandale affaires SUPINFO : https://www.facebook.com/groups/397066583752119/

Encore des traces de 2009 : https://supinfoencaissemaisnepayeplussesprofs.blogspot.com/

 

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