LeFigaro – Amiante : 600 étudiants viennent d’emménager dans la tour Montparnasse

LeFigaro-SUPINFO-Paris-Amiante

INFO LE FIGARO – Alors que certaines entreprises et la région Ile-de-France quittent la tour à cause de l’amiante, deux écoles d’enseignement supérieur (Supinfo et Audencia) viennent d’emménager dans ce gratte-ciel.

Au 40e étage de la tour, les locaux sont flambant neufs, la vue sur Paris est imprenable. L’école d’informatique, Supinfo, est installée sur place depuis novembre dernier. Au moment où des entreprises comme Amundi ou des organismes comme le conseil régional d’Ile-de-France quittent la tour pour ne pas exposer leurs salariés au risque d’amiante, l’arrivée d’un établissement d’enseignement supérieur pose des questions.

L’amiante? Les étudiants, essentiellement des garçons, ne savent pas vraiment ce que c’est. Certains n’en n’ont même jamais entendu parler. «C’est radioactif?», nous demande un jeune homme de 22 ans, au tee-shirt moulant et au blouson de cuir. Supinfo est une école d’informatique privée destinée aux bacheliers n’ayant pas fait de classe préparatoire, et qui dispose de 22 campus en France et de 34 sites dans le monde. Quelque 534 de ses étudiants fréquentent la tour.

Installée à Paris depuis 1965 rue Château-Landon (10e arrondissement), l’école souhaitait s’agrandir. Elle a donc déménagé dans la tour en octobre dernier, après six mois de travaux, pour la rentrée scolaire. Elle loue ses nouveaux locaux à la compagnie d’assurance Axa. Contacté par Le Figaro, Alick Mouriesse, président de Supinfo explique que quand son école a «choisi la tour avant l’été 2013, il n’y avait pas d’information disant qu’il y avait de l’amiante dans la tour. Pourquoi notre bailleur ne nous a-t-il pas informé des dépassements de seuil d’amiante observés fin juin quand nous avons signé le bail le 11 juillet?». Les travaux de désamiantage ont commencé dans la tour en 2006.

Supinfo va réaliser des mesures indépendantes

«Lorsque nous avons entendu parler de l’amiante cet été [quand l’Inspection du travail a signalé au parquet des dépassements récurrents des seuils réglementaires de poussières d’amiante dans la tour, NDLR], poursuit Alick Mouriesse, nous nous en sommes inquiétés auprès de notre bailleur qui nous a rassurés en nous disant qu’il n’y avait de l’amiante que dans les sous-sols de la tour. Très clairement, on nous a dit qu’il n’y avait aucun danger pour nos étudiants». Bref, le patron de Supinfo se présente en victime d’une affaire qu’il subit plus qu’il ne l’a initiée. A demi-mot, il rejette la responsabilité sur Axa.

Reste qu’il n’a pas réalisé une mauvaise opération financière dans ce déménagement. Selon nos informations, après avoir négocié son loyer, il ne paie qu’un peu plus de 515.000 € par an pour ces locaux au cœur de Paris., Soit un discount de 20% par rapport au prix du marché. Un tarif imbattable dû aussi au fait que les entreprises quittent la tour Montparnasse à cause du risque d’amiante.

Cela n’empêche pas Supinfo de prendre ses précautions. Tous les mois, Icade, le syndic de la tour Montparnasse, fournit à l’école des relevés de mesure de l’air. Supinfo en a reçu trois pour l’instant, la mesure la plus haute indiquait 2 fibres par litre d’air (le seuil réglementaire étant de 5 fibres maximum par litre). Suite à notre appel, Alick Mouriesse a décidé de réaliser des mesures indépendamment d’Icade. « Si nous étions amenés à observer un dépassement du seuil réglementaire, nous quitterions la tour».

«Une aberration totale»

Autre établissement avec des étudiants présent dans la tour: Audencia, une grande école de commerce dont le siège est à Nantes. L’établissement s’est installé ici mi-septembre dans des locaux loués à la banque Morgan Stanley. Au 25e étage, sur 250 m², Audencia accueille un mastère spécialisé et une partie de la formation continue du groupe. Au maximum, elle compte 80 personnes dans ses locaux. Interrogée sur l’opportunité de s’installer dans la tour alors que des entreprises quittent les lieux à cause de l’amiante, la direction d’Audencia n’a pas souhaité répondre au Figaro.

Michel Parigot, le mathématicien à l’origine du désamiantage de l’université de Jussieu et vice-président de l’Association Nationale de Défense des Victimes de l’Amiante (Andeva) estime qu’il s’agit d’une «aberration totale». Selon lui, «aller s’installer dans un bâtiment dont on sait parfaitement qu’il contient de l’amiante et où l’on constate régulièrement des dépassements du seuil règlementaire de poussières d’amiante revient à ne pas tirer les leçons du passé. Pour les établissements scolaires, la question qui se pose d’habitude est de désamianter des locaux ou déménager. Là, c’est l’emménagement qui pose question».

La préfecture d’Ile-de-France qui avait ordonné lors de l’été 2013 l’interruption de travaux de désamiantage dans la tour suite à plusieurs dépassements des seuils autorisés pour cette fibre cancérigène souhaite calmer le jeu. Selon elle, la pollution dans la tour vient des travaux de désamiantage, or actuellement ces travaux sont suspendus. La préfecture prendra un arrêté dans les deux mois pour encadrer la fin du désamiantage de la tour mais sans la vider de ses occupants. En attendant, assure-t-elle, il n’y a «aucun risque sanitaire».

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *