Rentrée grognon et avenir compromis à Supinfo

SUPINFO-REUNION-GROGNON

Une quinzaine de personnes se sont rassemblées hier matin devant l’école supérieure d’informatique de Saint-Denis, pour protester contre les retards de paiement qui affectent les enseignants. Les manifestants mettent en cause la gestion du groupe Supinfo. Son président, basé à Bruxelles, reconnaît avoir « mal communiqué » … et laisse entendre que l’école pourrait fermer.

FORMATION

A Supinfo, tout près du Barachois, il est normal que la rentrée se tienne début novembre. Ce qui est beaucoup moins habituel pour cette « école supérieure d’informatique », c’est la présence d’une quinzaine de manifestants, hier matin devant l’entrée, pour protester contre les retards de paiement des enseignants.

« Moi, je donne 24 heures de cours par an, et Supinfo me doit encore 2500 euros » s’indigne Arnaud, professeur d’ITIL (Information Technology Ingrastruc-ture Library). Comme beaucoup des 15 enseignants de cette école privée, Arnaud a une autre activité professionnelle et n’intervient que ponctuellement devant les étudiants.

Mais son collègue Thomas affirme que l’école lui doit 12000 euros, sur une période de 3 ans.

Pourquoi sont-ils sortis hier de leur silence ? Benjamin explique : « Suite à nos protestations, les responsables du groupe Supinfo nous ont envoyé un courriel nous annonçant un échéancier pour payer le reste des salaires dus. Mais ils ne répondent pas à nos appels, et nous ne croyons plus à leurs promesses. L’année dernière, l’école avait fermé pendant deux jours, parce que le loyer n’était plus payé au propriétaire ! »

Ce que confirment quelques étudiants de 3e et 5e années, venus hier se renseigner. « L’année dernière, nous devions avoir des devoirs pendant deux jours, en même temps que les autres campus Supinfo dans le monde. Mais le propriétaire a fait fermer l’école pour réclamer les loyers impayés. Nous avons donc fait les devoirs la semaine suivante » explique Houssayn, inscrit en 3e année.

« je lance un appel à un partenaire »

Les étudiants s’indignent d’autant plus que lorsqu’ils doivent payer leurs frais d’inscription -5000 euros entre mai et juillet-, un retard de deux jours leur vaut des pénalités de 300 à 350euros ! Comme les enseignants, ils accusent les responsables, basés à Paris et à Bruxelles, de gestion hasardeuse.

À Bruxelles, Alick Mouriesse, président de Supinfo International Univer-sity (une trentaine d’écoles dans le monde), admet des dysfonctionnements.

« Nous avons très mal communiqué et les enseignants se sont sentis abandonnés » reconnaît M. Mouriesse. Qui explique : « Nos difficultés sont causées par la chute des effectifs d’étudiants, passés de 188 en 2007-2008 à 79 cette année ». Pourquoi une telle chute ? « Nous ne le savons pas. Mais nous avons du mal à gérer à distance ce campus réunionnais » avoue M. Mouriesse avec une étonnante franchise. « Il y a eu un problème de management local », lâche-t-il. Certes : le directeur de Supinfo Réunion, las de gérer une situation ingérable, a démissionné en juin pour passer le concours d’instituteur, laissant l’école sous la responsabilité d’une secrétaire. Celle-ci a fait de son mieux pour accueillir hier les étudiants de 1re et 2e année, soit une cinquantaine de personnes. M. Mouriesse se voulait hier rassurant pour les professeurs : « nous devons encore 30000 euros en tout. Nous allons tout leur régler ». En revanche, il livrait hier une information capitale pour l’avenir du campus réunionnais : « Cela fait trois ans que nous nous posons des questions. Nous ne pourrons pas conserver le campus si nous ne trouvons pas de partenaire local. Je lance donc un appel à un partenaire ! » Cet aveu, hier en situation de crise, confirme l’intuition qu’avaient certains enseignants : la direction attendait une occasion pour annoncer la fermeture. Pourtant Supinfo n’a pas à rougir de la qualité de ses enseignements, encore moins de l’insertion professionnelle de ses diplômés bac +5. Il serait dommage que les jeunes Réunionnais soient obligés de s’expatrier à l’île Maurice ou en métropole pour devenir ingénieurs en informatique.

Véronique Hummel

 

Source : https://www.clicanoo.re/?page=archive.consulter&id_article=392839

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